Voilà un volcan dont on n'a plus eu de nouvelles depuis assez longtemps puisqu'après la tragédie du 10 d'août 2013 les données disponibles se sont faites plus que rares. Et pour cause, l'activité semble ne jamais avoir vraiment repris du poil de la bête à partir de cette catastrophe, en tout cas c'est ce que suggèrent l'absence de bulletins émanant du VAAC de Darwin. Le dernier bulletin du VSI indique que quelques explosions modestes se sont encore produites de manière irrégulière jusqu'en novembre puis ont cessé. La sismicité a aussi fortement diminué.
En conséquence, le VSI a abaissé d'un cran le niveau d'alerte du Paluweh, ce qui le ramène à 2 (Waspada).
Le dôme de lave du Paluweh au début de son éruption, fin 2012. Image: Aris Yanto/Ndeso Adventure
Le SERNAGEOMIN a mis en ligne cette nuit ses nouveaux rapports d'activité pour les volcans chiliens. Si la majorité d'entre eux sont en alerte verte, le Lascar reste au jaune. Sans être très importante, la sismicité sur l'édifice est toujours un peu "anormale" avec 245 secousses enregistrées. La majorité d'entre elles (216) sont liés à de la simple fracturation, sans mouvement de fluides. Les 19 autres secousses sont de type Longue Période, provoquées par des fluides en mouvements dans l'édifice. Sur ces 19, 11 sont des secousses de type "tornillo", signaux sismiques particuliers qui ont été décrits pour la première fois au Galeras en 1993, avant qu'une explosion ne tue plusieurs scientifiques en colloque sur place. Il a été depuis démontré que ce type de signal n'est pas forcément précurseur d'une activité éruptive mais incite à une plus grande vigilance lorsqu'il est enregistré.
Le Lascar et son dégazage tranquille hier. Image : SERNAGEOMIN
Vu de l'extérieur, l'édifice reste assez "zen" avec un simple dégazage discret.
Le Jakarta Post indique que l'organisme indonésien en charge de la gestion des crises (BNPB) a commencé à faire acheminer 100 tonnes de riz aux quelques 3000 personnes qui sont en cours d'évacuation (ou ont déjà été évacuées, la situation n'est pas très claire) et aux réfugiés. Des boites contenant de la nourriture ont par ailleurs déjà été distribuées. Les secours poursuivent aussi les recherches des corps de deux des victimes, non retrouvés à ce jour.
De son côté le guide Aris Yanto, qui a emmené sur place plusieurs groupes depuis le début de l'éruption (en 2012), fait un point sur le site web de son agence (Ndeso Adventures) et publie quelques images prises après l'éruption du 04 août mais avant celle du 10.
Voilà l'une d'entre elles, qui montre l'état du sommet après le 04 août. Au fond de l'image s'élève le dôme actif Rorembola, éventré par l'activité explosive.
Au fond de l'image le dôme du Rorembola, éventré par l'activité explosive du 04 août. Image Aris Yanto
Si plus aucune activité explosive n'a été rapportée pour le moment, les images satellites continuent de montrer un dégazage important, contenant peut-être un peu de cendres, sur le Rorembola.
Le Paluweh et son panache ce matin. Image : MODIS/NASA
Sources : SERNAGEOMIN; MODIS, Ndeso Adventure, Jakarta Post
Les autorités ont décidé de tenter d'évacuer à nouveau l'île après le drame qui a couté la vie à au moins 6 personnes, prises dans un écoulement pyroclastique.
La tâche s'avère difficile car les quelques 2000 insulaires concernés, et qui ont pour certains d'entre eux déjà été évacués une première fois au début de la crise, ne souhaitent pas vraiment revivre le calvaire qu'ils ont déjà subi pendant des mois (voir le post du 20 juin).
D'après l'AFP plus d'une centaine de personnes sont déjà parties se réfugier sur Flores mais beaucoup de gens, malgré le traumatisme subit il y a deux jours, hésitent franchement à laisser tous leurs biens. Par ailleurs les cendres et blocs qui recouvrent la partie ouest de l'île ralentissent fortement la mobilité des secours, qui peinent à atteindre certaines zones et aider à d'éventuelles évacuations.
Le journal en ligne indonésien Liputan6 indique, de son côté, qu'il pourrait y avoir eu 7 victimes mais pour l'instant le chiffre officiel reste 6. Toutes les victimes n'ont malheureusement pas encore été retrouvées, mais les corps déjà récupérés ont été inhumés sur l'île ce qui semble indiquer qu'il s'agissait d'insulaires, et non de personnes externes à l'île.
Une vidéo éditée par Liputan 6 montre à la fois les évacuations mais aussi l'activité éruptive en cours sur l'île, ainsi que l'inhumation des corps des victimes (on ne les voit jamais directement).
Mais une question reste sans réponse claire à ce jour, en tout cas à ce qu'il me semble : quelle zone a été impactée par l'éruption du 10 août? Les noms de lieux rapportés dans la presse sont soit trop imprécis, nommant une commune dont l'extension est vaste ou, comme le site du drame (Punge Beach) ne sont pas indiqués sur les outils de SIG en ligne (google map).
Heureusement il y a MODIS (et pas Findus®, pour cette fois). Les images prises par les deux modules du satellite , TERRA et AQUA, permettent de comparer l'état de l'île "avant" et "après". J'ai retravaillé les images avec The Gimp pour faire ressortir les détails qui nous intéressent ici: je vous livre le résultat:
L'île le 09 août à gauche, le 11 août à droite. Images : MODIS/NASA
Le couloir qui a guidé l'écoulement pyroclastique du 10 août se trouve sur la côte nord-ouest de l'île et débouche sur la plage de Punge, qui semble faire partie du village de Ngarue. Ce dernier qui occupe une bonne partie du versant nord de l'île.
La localisation de ce couloir est une surprise et une information essentielle car il n'avait jamais été répertorié jusqu’à présent comme une zone potentiellement impactable par un phénomène de type "écoulement pyroclastique", mais plutôt par des lahars. D'ailleurs la seule zone touchée par les écoulements était, jusqu'à présent, plein sud.
Les victimes qui, d’après une dépêche AFP d'aujourd'hui, étaient en train de dormir au moment du drame, n'ont pu qu'être totalement surprises.
Un groupe de spéléologues anglais m'a spontanément contacté cette semaine, au retour d'une petite sortie en Indonésie sur les volcans Paluweh et Batu Tara, afin de me transmettre quelques informations concernant l'activité en cours. Je les en remercie bien sûr chaleureusement!
Voilà donc le résultat de quelques unes de leurs observations.
Lors de leur passage vers l'île les 04 et 05 juin, où les conditions d'accostage se sont révélées mauvaises en raison de la météo, le groupe a pu observer une activité strombolienne d'une intensité modérée avec, en moyenne, une explosion toutes les 10 à 15 minutes. Les bombes projetées par cette activité roulent, pour bon nombre d'entre elles, jusqu'en mer où elles pénètrent avec force, de manière tout à fait similaire à ce que l'on observe fréquemment à Stromboli (les points communs sont nombreux entre les deux édifices).
Activité strombolienne classique au sommet du Batu Tara. Le panache est assez chargé en cendres.Image: Niki Adlam-Stiles.
Le VAAC de Darwin a émis ce matin un bulletin indiquant la présence d'un panache de cendres, vraisemblablement lié à un petit effondrement du dôme. Lors de leur séjour sur Paluweh, entre les 08 et 10 juin, le groupe à pu observer une activité extrusive (émission lente de lave visqueuse avec peu ou pas d'explosions) très faible. Celle-ci se manifeste de manière sporadique par quelques éboulements sur le versant sud du dôme qui montrent que le dôme reste instable de ce côté. Aucune activité du côté nord du dôme n'a été décrite. Cette activité est accompagnée d'une sismicité qui, début juin, était encore intense, avec de nombreuses secousses ressenties dans la partie haute de l'édifice. A noter que des insulaires ont indiqué au groupe que deux personnes avaient été emportées par un lahar récemment.
La morphologie du dôme a beaucoup évolué en quelques mois. Mais les images sont toujours plus parlantes que les mots et je vous propose une petite comparaison de celles prises prises au début de l'éruption et celles prises début juin. J'ai ajouté une ligne en tiretés pour visualiser une zone commune aux deux images qui donne l'échelle.
Le dôme actif en novembre 2012 (image recadrée). Image : R.Roscoe
Le dôme actif en début juin 2013 (image recadrée). Image : Niki Adlam-Stiles
On note clairement que le dôme s'est étalé. Son volume semble aussi plus important, probablement du simple au double.
L'autre point intéressant est la présence, au sommet du dôme, d'un cratère. En regardant les archives des actualités de ces derniers mois je n'ai pas trouvé la trace d'un événement unique et intense (forte explosion) qui aurait été à même d'ouvrir ce cratère. Par contre il y a eu à plusieurs reprises des émissions de cendres relativement importantes relevées par le VAAC de Darwin et qui pourraient correspondre à des épisodes de "Ash Venting" (jet de gaz puissant). Ce type d'activité a pu ouvrir, progressivement, ce cratère sommital. Cette ouverture s'est faite, quoi qu'il en soit, après le mois de février: James Raynolds avait, en février, filmé le dôme actif et il n'y avait aucune trace du cratère à ce moment-là.
Le dôme Rorembola et son sommet éventré. Image : Niki Adlam-Stiles
Niki Adlam-Stiles précise que, à l'intérieur de ce cratère, on peut voir un nouveau petit dôme mais il n'est pas possible de dire si ce dernier est encore en croissance ou pas.
Enfin, il semble qu'une fracture se soit propagée depuis la zone du dôme jusqu'au point d'observation, vers le nord. Des fumerolles sont en effet apparues dans la zone du point d'observation, qui n'existaient pas en février dernier d'après leur guide et organisateur, Aris Yanto (www.exploredesa.com).
Le niveau d'alerte aviation reste à l'orange.
Vous pouvez retrouver les images et un compte-rendu (en anglais) de l'expédition du groupe sur le site web www.winstercavers.org.uk, que je remercie ici chaleureusement.
J'ajoute que la situation sanitaire et humanitaire des personnes déplacées (à Sikka et Ende) est extrêmement préoccupante. L'état d’urgence, qui devait prendre fin le 23 mai, avait déjà été prolongé fin mai jusqu'au 23 juin. Un rapport du Yakkum Emergency Unit (YEU) en date du 03 juin indique que depuis mi-mai de nombreuses personnes ont été obligées de retourner sur l'île, n'ayant pas assez d'argent pour subvenir à leurs besoins fondamentaux. Mais sur l'île, il n'y a pour l'instant peu ou pas d'eau potable (pollution par les gaz et chutes de cendres) et les terres agricoles ont été fortement impactées. Le YEU décrit par ailleurs des enfants en état de malnutrition, d'autres avec des infections touchant la peau ou les poumons. Il n'existe pas de toilettes et très peu d'eau propre pour l'utilisation quotidienne ce qui pose d'importants problèmes sanitaires.
La principale difficulté avec des éruptions situées sur une île à laquelle peu de personnes accèdent est d'avoir une idée claire de la situation et de son évolution dans le temps.
D'un point de vue strictement volcanologique, il est par exemple difficile de dire si l'éruption se poursuit, quelle est son intensité, quels sont les phénomènes qui dominent, etc.
C'est l'une des raisons pour lesquelles la surveillance satellite s'est tellement développée ces dernières decennies.
Concernant le Paluweh (Rokatenda), situé en face des côtes de Flores, en Indonésie, les images acquises par le MODIS et LANDSAT 8 donnent quelques informations, forcément incomplètes, mais toujours intéressantes.
Avant de commencer ce post, je vous
propose de faire un point en image sur la zone du Paluweh. Pour cela
j'ai annoté une image Google Earth qui montre la localisation du dôme
actif et les deux principaux couloirs (ravines) impactées par les
écoulement pyroclastiques. Cela vous permettra de mieux visualiser la
suite.
Localisation du dôme et des des couloirs qui canalisent les écoulements pyroclastiques. Image : Google Earth
Le MODVOLC, tout d'abord, a permis de constater la présence d'anomalies thermiques avant-hier. Elles sont situées aussi bien au niveau du dôme lui-même que dans la vallée qui s'ouvre au pieds de son versant ouest sud-ouest. Il se pourrait donc qu'il y ait encore des effondrements de dôme dans ce secteur mais cela reste à confirmer car la position des anomalies thermiques est parfois sujettes à de légères variations : il pourrait donc s'agir d'une anomalie sommitale mal positionnée.
Les anomalies thermiques repérée par le MODVOLC (données MODIS). Le nord est en haut .Image : MODVOLC.
La présence de ces anomalies est le signe que l'édifice reste actif car la carapace solidifiée d'un dôme en cours de refroidissement n'émet pas un rayonnement suffisant pour pouvoir être repéré par le MODVOLC.
L'image capturée hier par LANDSAT8 (lancé en février 2013) permet, quand à elle, de voir le panache de dégazage du dôme et d'estimer la surface de la zone impactée par l'éruption. Celle-ci est d'environ 9.5 km², ce qui semble être un maximum.
Pour information : la relativement faible définition de l'image est liée au fait qu'elle est produite à partir, entre autres, de longueurs d'onde thermique (gammes 10.60 - 11.19 µm et 11.50 - 12.51 µm) qui permettent d'atteindre une définition max de 100m/pixel.
Avec les seules images satellites on ne peut pas savoir si les effondrements de dôme se poursuivent et continuent de générer des écoulements pyroclastiques, bien que la présence d'un panache de cendres repéré le 23 mai par le VAAC de Darwin permette de supposer que c'est le cas. Mais attention, ce panache pourrait aussi bien avoir été créé par une phase de dégazage intense, ce que les volcanologues appellent le "Ash Venting".
Ceci étant dit si l'on compare la vidéo tournée le 16 décembre 2012 par Aris Yanto avec une photo mise en ligne sur panoramio le 30 mars 2013 (toutes deux ci-dessous), on peut avoir quelques informations.
Le couloir sud. Photo mise en ligne le 30 mars mais prise à une date indéterminée. Image : Harry Janto
Tout d'abords on peut constater que le delta de cendres créé par les écoulements pyroclastiques fin décembre, bien visible sur la vidéo, a été largement entaillé par le ruissellement. Cela est sans doute le signe que la fréquence des écoulements pyroclastiques avait déjà diminué avant le 30 mars 2013, date de mise en ligne de la photo. Ce constat est valable au moins dans le couloir sud où la vidéo et la photo ont été prises. On ne peut rien dire sur le couloir sud-ouest sans images.
On peut aussi constater qu'entre le moment où la vidéo et la photo on été prises, les écoulements pyroclastiques ont littéralement dévasté la couverture végétale du couloir sud. Dans la partie amont, il ne reste rien de la végétation luxuriante qui s'accrochait à la roche avant l'éruption. Dans sa partie aval, côtière, seul le versant est du couloir (à droite de la photo) a été fortement impacté.
Au vu de ces données, on peut dire que l'activité semble se poursuivre au Paluweh et que le dôme reste actif. Mais il est impossible de dire avec certitude si les écoulements pyroclastiques sont encore présents et il semble que l'activité soit maintenant modérée.
Le VSI, en tout cas, maintient le niveau d'alerte à l'orange.
Sources : Aris Yanto; VSI; Google Earth, Panoramio; USGS; MODVOLC