18 juillet 2013

L'aiguille du Kizimen

L'activité éruptive en cours au Kizimen a débuté en novembre 2010 et s'est déroulée, pour le moment, en deux étapes.
La première, de novembre 2010 jusqu'en juillet-août 2012, a vu se mettre en place une volumineuse coulée visqueuse sur le flanc sud-est ainsi qu'un dôme de lave sommital. Cette première phase fut marquée par une forte instabilité, de la coulée et du dôme en construction, à l'origine de la production d'écoulements pyroclastiques et de panaches de cendres relativement importants. Cette instabilité étant liée à la conjonction:
* d'un fort débit éruptif
* de la pente, elle aussi forte, du Kizimen


La coulée de lave visqueuse du Kizimen,vue le 13 juillet 2012. Image: S. Samoilenko. IVS FED RAS

Écoulement pyroclastique lié à la mise en place d'une nouvelle coulée visqueuse, le 26 janvier 2011. Image : I. Shpilenok


La seconde a débuté le 28 décembre 2012 et se poursuit actuellement. Le débit de lave est bien moins important que lors de la première phase ce qui a pour conséquence la mise en place d'un dôme seul au sommet du stratovolcan.
Celui-ci, toujours instable, se "desquame" (car c'est essentiellement la carapace superficielle du dôme qui se détache), et donne naissance à de fréquentes avalanches de blocs. Les plus gros événements produisent de véritables écoulements pyroclastiques. Si ces derniers étaient, en janvier, dirigés vers l'est sud-est (grosso modo le long de la coulée précédemment mise en place), les couloirs d'écoulement ont progressivement "pivoté" en direction du nord-est, et font presque face à la webcam maintenant.

Ecoulement pyroclastique au début de la seconde phase: l'extrusion d'un second dôme a commencé quelques jours plus tôt. Image : KVERT

Nouvel écoulement en mars, dans un couloir un peu plus au nord que le précédent. Image : KVERT.

Il se trouve que depuis déjà quelques semaines, le dôme sommital, de forme globalement arrondie, a fait place à une aiguille de lave, poinçon vertical dont l’érection se fait à travers le dôme, ou du moins ce qu'il en reste. Sa hauteur actuelle, estimée ce matin à partir des images de la webcam, semble être d'environ 50  80m.




Comme toute aiguille qui se respecte, elle s'effrite en même temps qu'elle s'érige, ce qui lui confère une hauteur relativement stable. Pendant les phases où l'effritement devient prépondérant, l'aiguille disparait presque totalement. A l 'inverse, on la voit s'élever lorsque le débit de lave augmente et que l'effritement ne parvient pas à le compenser.






La formation d'une aiguille est généralement le signe :
- d'une diminution du débit de lave pendant l'éruption. La conséquence immédiate est en effet un refroidissement du magma qui se trouve dans la partie haute de la cheminée. Même si il est faible, il est suffisant pour provoquer son durcissement. Or celui-ci, toujours poussé par le magma en cours d'ascension, se voit donc forcé de sortir. Mais trop rigide pour s'écouler il s'érige verticalement. Ainsi le diamètre d'une aiguille correspond peu ou proue à celui de la cheminée par laquelle elle s'extrude.

- d'un appauvrissement en gaz du magma. Car la viscosité de ce dernier dépend de la quantité de gaz qu'il contient. Ainsi une dacite (lave visqueuse/ riche en silice/ différenciée) à 1000 °C est 100x plus visqueuse si elle est anhydre (sans eau dissoute) que si elle contient 3% (en poids) d'eau. Une ryholite à 900°C est 1000x plus visqueuse dans les mêmes conditions.

La formation de cette aiguille semble donc indiquer que le magma qui est actuellement émis par le Kizimen est:
* dégazé
* libéré avec un faible débit

Les deux sont évidemment liés: le gaz étant le moteur de toute éruption, moins il y en a, plus le débit de lave est faible.
Il semble donc que cette seconde phase de l'éruption du Kizimen s'affaiblit.

Pour finir, deux images d'aiguilles autrement plus célèbres, et spectaculaires, que celle du Kizimen.



L'aiguille de la Montagne Pelée, haute de 305 m au plus fort de son développement. Dans le cercle, Alfred Lacroix. Image: MNHN
L'aiguille du Mont St Helens érigée pendant son éruption extrusive de 2004-2008. Image : USGS.


Sources : KVERT; ACTIV; MNHN; USGS

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