Suite à la très courte phase éruptive qui s'est déroulée le 19 avril 2024 sur le cratère Mbwelesu, un des éléments du complexe de cratères appelé Marum, le calme est resté le mot d'ordre jusqu'au 18 septembre 2026 lorsque, vers 19h30 TU (19/09/2026 vers 06h30 du matin heure locale)...
... un signal thermique intense a émergé sur les données satellites MODIS. Après avoir pris quelques instants pour être sûr qu'il ne s'agissait pas d'un signal accidentel (parfois des masses nuageuses peuvent produire des pics sur les données), il fallait aller chercher quelques détails.
Bon : la webcam est HS depuis début septembre et c'est bien dommage car il aurait été intéressant d'essayer de voir un peu le dynamisme de cette éruption, qui est la 4ème phase depuis la séquence paroxysmale de décembre 2018-février(?) 2019. Sans webcam la localisation passe par l'espoir que les données satellite disponibles comblent ce manque. Et c'est le cas avec une localisation des signaux thermiques clairement groupés sur le Marum, comme en 2024.
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| Signaux thermiques groupés sur le secteur du cratère Marum. Image : Google Earth +données MODIS |
L'image MODIS produite le 19 septembre montre la présence d'un panache qui semble peu chargé en cendres ce qui indique une explosivité de l'éruption plutôt faible (VEI entre 0 et 2 vraisemblablement).
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| Le panache peu chargé en cendres, couvre sur cette image une surface de l'ordre de 2500 km². Image : MODIS/NASA + Suomi NPP |
Les données du satellite SENTINEL 5 montrent une forte concentration en SO2 dans ce panache, caractéristique des panaches volcaniques.
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| Forte concentration en SO2 dans le panache éruptif. Image :SENTINEL 5-ESA/Copernicus |
L'ensemble qui se dessine ressemble plutôt à une éruption qui pourrait être essentiellement effusive (coulées), faiblement explosive (fontaines de lave?) dans un secteur qui reste à préciser et qui peut être n'importe où sur le secteur Marum. Il ne serait pas surprenant que le point de sortie soit du côté du Mbwelesu, comme en 2024, bien que le groupe de signaux thermiques semble plutôt centré sur un secteur un peu plus à l'ouest que Mbwelesu: il faudra attendre d'autres données pour gagner en précision car dans un système volcanique aussi fracturé il n'est pas anormal que des éruptions successives aient lieu à des endroits différents.
Dans le détails il reste aussi à déterminer si cette éruption est restée confinée dans le Marum (comme en 2024) où si une partie s'est déroulée sur le plancher de la caldera, ce qui n'est pas fréquent.
Mise à jour, 20/09/2026 - 09h15
SENTINEL 2 est passé au-dessus de l'édifice le 19/09 et pu collecter des données à partir desquelles il est possible de produire une composition colorée intégrant le rayonnement thermique : l'activité semble avoir été soutenue mais:
- surtout effusive
- dans le cratère principal du Marum et non pas sur le Mbwelesu comme en 2024
- et rien en dehors du cratère Marum, en tout cas au moment du passage du satellite.
La couverture nuageuse ne permet pas de se faire une idée sur la phénoménologie mais qui serait surpris par une hypothèse "fontaine(s) + coulée(s) qui remplissent partiellement le cratère"?
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| L'activité du 19/09 repérée grâce à son rayonnement thermique. Image : SENTINEL 2 - ESA/Copernicus |
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| L'activité est clairement localisée dans le cratère Marum. Image : Google-Earth + SENTINEL 2-ESA/Copernicus |
Si je ne parviens à collecter d'autres infos qui pourraient préciser la situation, je ne manquerais pas de faire une nouvelle mise à jour.
Mise à jour x2, 28/09/2026, 06h20
L'éruption semble se poursuit mais peut-être de manière moins soutenue si l'on en croit les signaux thermiques collectés par MIROVA. Les données satellites disponibles (et malheureusement pas encore SENTINEL 2) suggèrent fortement par contre que j'ai eu tord quand à la localisation de l'activité. Sur l'image SENTINEL 2 de la première mise à jour le signal thermique, très large, semblait centré sur le cratère principal du Marum et j'en ai déduit que c'était le point d'éruption.
Mais la localisation du signal thermique une fois l'éruption moins intense, lorsqu'elle est donc moins étendue et donc essentiellement concentrée au niveau de l 'évent, suggère très fortement que le magma a de nouveau percé la surface au niveau du Mbwelesu.
La comparaison des données SENTINEL 1 des 15 et 27 septembre suggère, quand à elle, que l'éruption a produit une coulée de lave qui est partie vers l'ouest, comblant un peu plus le cratère principal du Marum, ce qui explique pourquoi le signal thermique intense semblait centré sur cette zone au départ de l'activité.
Mise à jour x3 05/10/2026, 21h35
L'éruption se poursuit et une nouvelle image SENTINEL 2 est arrivée et montre bien plus clairement la situation.....et finalement donne raison à la première hypothèse sur la localisation : c'est bien dans le Marum que ça se passe, à ce qu'il semble.
C'est en tout cas là que se trouvent les deux évents actuellement actifs, au niveau desquels deux cônes sont en formation et dont les cratère accueillent actuellement deux petits lacs de magma fluide. Depuis le départ de l'éruption les coulées accumulées ont littéralement remplit Marum et Mbwelesu : le changement est impressionnant.

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| L'image du haut montre la situation générale et le signal thermique intense produit par les deux évents et par les bordures des coulées qui remplissent les cratères. L'image du bas montre une vue plus rapprochée sur la situation : les deux cônes sont bien visibles, avec les deux lacs de magma à si haute température que l'incandescence est visible. Images : SENTINEL 2 - ESA/Copernicus |
Bon, dès la réception de cette image, une question s'est évidemment imposée : peux-on estimer le volume du remplissage par les coulées et en tirer une estimation de débit moyen sur les 15 jours d'éruption? Alors j'ai tenté l'affaire, voici la méthodologie employée: à vous de me dire si il y a des erreurs de calcul ou de méthodologie.
La première information à rechercher c'est la hauteur qu'occupe le remplissage mais pour ça il faut la hauteur des parois.
Pour cela j'ai regardé les images de Google Earth : la plus récente a été prise le 29/07/2025 et la paroi nord projette son ombre. J'ai pris un point de repère sur le bord de la paroi et ais tiré un trait sur son homologue projeté au sol ce qui m'a permis d'avoir simultanément:
- la longueur de l'ombre : 240 m côté Marum et 130m côté Mbwelesu (le fond est plus haut)
- l'azimut de l'éclairage ~18,26°. En utilisant un logiciel qui simule l'ombre portée j'ai pu déterminer que cette ombre a été projetée ce jour là peu avant 13h10 lorsque le soleil avait une élévation de 53.48°.
Le fond du cratère, l'ombre portée et la paroi forment un triangle rectangle dont je connais un angle et l’hypoténuse : la hauteur de la paroi étant le côté opposé à l'angle connu je le calcul avec le sin de l'angle : h~190m côté Marum et h~ 180m côté Mbwelesu. Je ne suis pas du tout sûr de ces résultats donc la suite est tout aussi incertaine et ne doit pas être prise autrement que comme une estimation vite fait.
Après avoir calqué l'image SENTINEL 2 sur Google Earth je calcul la hauteur de paroi qui reste après remplissage:
- côté Marum il reste 30m, côté Mbwelesu il reste 70 m. Donc l'épaisseur de coulées côté Marum est d'environ 160m et environ 110 m côté Mbwelesu.
Une fois que j'ai ces estimations j'essaye de calculer le volume des cratères entre le fond et la surface des coulées et pour cela je visualise 3 cônes de révolution tronqués à l'envers (grand rayon vers le haut, comme des gobelets en quelques sorte) et côte à côte:
-Marum ouest: grand rayon= 295m, petit rayon = 115m ; remplissage estimé à 160m : le volume estimé à cet endroit est environ 22 500 000 m3
-Marum est : grand rayon=210 m, petit rayon = 140m ; remplissage sur cette zone = 160m; volume estimé 15 600 000 m3
- Mbwelesu : grand rayon =220m, petit rayon = 110m, remplissage estimé 110 m; volume estimé = 10 000 000m
Le volume total estimé est d'environ 48 000 000 m3, le tout émis en 19 jours (donc environ 1 296 000 secondes) ce qui donne un débit moyen autour de 37 m3/s ce qui ne semble pas un chiffre trop déconnant. C'est une moyenne donc on peux imaginer que le débit a été beaucoup plus fort au départ et a fortement diminué depuis mais attention : j'ignore si la méthode est bonne et quoiqu'il en soit c'est bourré d'incertitudes donc difficile de dire ce que cette estimation vaut réellement. J'espère qu'avec des méthodes plus directe (InSAR par exemple) des mesures pourront être faites.
Tant que j'étais lancé, j'ai tenté d'estimer les volume des deux cônes en construction, me basant sur le fait que la pente d'équilibre des tas de fragments est d'environ 35° et que ce sont deux cônes tronqués dont je peux mesurer les grand et petit rayon, j'ai pu estimer:
- le volume du cône ouest vers 1 400 000 m3 max (car il n'est pas régulier puisqu'il est contre la paroi ouest du Marum)
- le volume du cône est, dont la morphologie est très régulière, vers 618 000 m3.
Dernier point: il n'est pas inintéressant de remarquer que les deux cônes sont sur une ligne qui est aussi le grand axe de l'oval formé par le Marum/Mbwelesu : il y a clairement là un contrôle structurel de l'éruption, une expression du champ de contraintes mécaniques que subit cette partie de l'édifice et contrôle la direction de la fracturation.
Mise à jour x4 , 31/10, 14h15
Une nouvelle image satellite claire permet d'observer l'évolution de la situation. On peux déjà noter que l'activité éruptive est globalement resté stable, faiblement explosive et fortement effusive et d'une intensité modérée. L'activité au niveau de l'évent est a très fortement diminué et moins importante aussi au niveau de l'évent ouest. Le diamètre du cratère des deux cônes s'est fortement réduit, ce qui suggère aussi une diminution de la part explosive de l'éruption. Les coulées sont toujours produites mais il semble qu'elles se propagent beaucoup en tunnels, venant parfois percer la surface solidifiée du champ de lave qui remplit les cratères Marum et Mbwelesu.
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| Le remplissage des cratères se poursuit tranquillement. Image : SENTINEL 2 - ESA/Copernicus |
Il est fort possible que le remplissage des cratères ne soit pas homogène, plus épais côté ouest que côté est mais cela est difficile à caractériser avec la vue satellite. En tout cas le remplissage continue et la comparaison des images prises les 04 et 29 octobre offre l’opportunité de prendre le risque d'estimer le volume émis entre les 2 images.
Pour cette opération il a fallu estimer l'épaisseur gagnée, en posant au préalable l'hypothèse que le remplissage est homogène (et garder en tête que ce n'est pas une certitude, donc que toute la suite n'a qu'une valeur estimative). Et alors là c'est pas simple du tout car :
- l'évolution du "trait de côte" du champ de coulées, due à la hausse de son épaisseur, n'est pas facile à lire avec la résolution des images SENTINEL 2
- avec un gain d'épaisseur faible la précision du profil topographique du contenant (les cratères Marum et Mbwelesu) devient quelque chose d'encore plus important pour ne pas créer de trop grosses erreurs avec de faibles variations d'épaisseur. Ainsi on peut remarquer assez facilement que le déplacement du trait de côte est grand côté sud (près de 40m), là où la pente est très faible, alors que le long de la paroi nord, quasiment verticale, le gain d’épaisseur n'est pas si visible. À ce sujet il ne faut pas oublier que pour estimer le volume émis lors de la mise à jour du 5/10 je suis partit sur l'hypothèse que la forme des cratère était des cônes troqués, ce qui est faux : le fond du Marum a une pente faible côté sud et forme brusquement un puits près de la paroi nord (le profil en coupe doit ressembler au signe mathématique "radical" ). Donc mes estimations de volumes sont vraisemblablement nettement trop hautes.
En l'absence d'une carte topographique précise, il a fallu faire des hypothèses et donc perdre encore précision pour ne se contenter que des ordres de grandeur.
Première chose : estimer le gain de surface entre les deux dates: 648000m² le 04/10 et 715000 m² le 29/10 : 67000m² de surface en plus. Reste à estimer l'épaisseur (en imaginant, je le répète, qu'elle est homogène pour toute la surface, ce qui n'est sûrement pas vrai).
Mon souci c'est qu'on voit bien la progression du champ de lave côté sud sur une pente très faible mais je n'ai aucun moyen d'estimer directement cette pente. Coté nord, la paroi est très abrupte, proche verticale et le trait de côte varie si peu qu'avec la résolution des images on le perçoit à peine.
J'ai donc décidé d'émettre une hypothèse sur la pente de la paroi nord pour visualiser un triangle rectangle composé de:
- la pente, angle entre la paroi et...
- ...l'épaisseur h comme côté adjacent à l'angle
Puis j"ai fait 2 scénarios pour le dernier paramètre de ce calcul:
- version 1 : soit les 16 m de déplacement visibles sur l'image correspondent au côté opposé à l'angle dans le triangle. Auquel cas je détermine h avec le calcul de la tangente à l'angle (tan angle = 16/h)
- version 2 : soit les 16 m de déplacement correspondent à l’hypoténuse du triangle, auquel cas je dois utiliser un cosinus pour déterminer h avec cos angle = h/16
Pour vérifier si mon hypothèse de pente n'est pas trop déconnante, j'utilise le résultat du calcul dans un autre triangle rectangle dans lequel:
- version a: la distance parcourue par le trait de côte (40 m, mesure faite sur Google Earth) est l'hypothénuse et l'épaisseur le côté opposé à l'angle (valeur de la pente). Auquel cas je trouve la pente par le sinus.
- version b : la distance parcourue par le trait de côte (40 m, mesure faite sur Google Earth) est l'adjacent à l'angle (pente) et l'épaisseur le côté opposé à l'angle (valeur de la pente). Auquel cas je trouve la pente par la tangente.
Je sais que cette pente est très faible et je veux vérifier que le calcul de l'épaisseur va bien me donner un angle faible et permettra de voir si la valeur estimée de la pente forte (côté nord) est crédible ou pas.
Un schéma pour y voir plus clair:
J'ai ensuite créer un fichiers Libre Office Calc (équivalent libre d'Excel) dans lequel j'ai listé différentes valeurs pour la pente nord, allant de 60 à 85°, par pas de 5°, la distance parcourue par le trait de côte (16 m au nord, 40 m au sud, avec cette valeur soit en opposé soit en adjacent (= scénarios 1,2,a,b) pour calculer soit un sinus soit une tangente) puis ais automatisé le calcul des sinus, cosinus et tangente, la conversion en angles et le calcul de la valeur de h (variation d'épaisseur du dépôt entre les 2 dates) en fonction de ces paramètres, puis le calcul du volume correspondant ( V =gain de surface entre les 2 dates x h = 67 000m² x h).
Et les résultats sont:
- pour le scénario 1 : h varie de 1,4m pour une pente à 85° à 8m pour une pente à 60°. Avec cette hypothèse la valeur de la pente sud varie entre, respectivement, 2 et 11°, ce qui est assez faible. Le volume accumulé vaut alors entre 93 000 et 536 000 m3, ce qui donne des débits moyens compris entre 0.04 m3/s et 0.24 m3/s
- pour le scénario 2 : h varie de 16.3 m pour une pente à 85° à 19.8m pour la pente à 60°. Avec cette hypothèse la valeur de la pente sud varie, respectivement, de 22 à 29° (selon que je prend les 40 m en opposé ou en hypoténuse) ce qui me parait très élevé. Le volume accumulé est alors compris entre 1 096 465 m3 et 1 325 996 m3 ce qui donne des débits moyens compris entre 0.48 m3/s et 0.6 m3/s
J'ignore quelle hypothèse se rapproche le plus de la réalité mais le scénario 1 propose des valeurs pour la pente sud plutôt cohérentes et elle a ma préférence ce qui donne des débits extrêmement faibles. Cela me permet aussi de penser que les estimations de volume et de débits faites dans la mise à jour du 05/10 sont probablement bien trop surestimés, probablement parce que j'ai très mal modélisé la forme des cratères (et donc très mal estimé leur volume) : je ne serais pas étonné que ces valeurs soient beaucoup plus faibles.
Sources : SENTINEL 1,2&5-ESA/Copernicus; MODIS/NASA e& Suomi NPP; MIROVA









Salut CV !
RépondreSupprimerMerci pour les différentes infos !
Sur l'image que tu viens de partager sur Bluesky, les deux zones thermiques importantes sont dans le Marum et semblent correspondre à de petits cônes (visibles aussi sur la comparaison d'images dans la dernière mise à jour). De quoi rabattre les cartes sur la localisation "précise" de l'éruption ?
Merci encore et bonne journée,
Ludovic
Bonjour Ludovic. C'est sûr que tenter de localiser à travers les nuages ou sur la base de 3 pixels plus clairs que les autres c'était compliqué :). La dernière image SENTINEL clos cette question même si, en théorie, on ne peux pas exclure que l'éruption ait pu commencer à l'est puis migrer vers l'ouest mais franchement j'en doute. Je me suis rendu compte pendant la mise à jour 3 qu'effectivement il y a deux pics sur l'image radar qui correspondent aux deux cônes en construction: je ne les avaient pas remarqués lors de la mise à jour 2: ça aurait réglé le souci plus vite mais les images radar SENTINEL 1 disponibles ne sont pas en haute résolution et je suis passé à côté.
SupprimerBonne journée à toi aussi
CV