14 juin 2018

Un point sur l'activité des volcans Kilauea, Nyamulagira et Fuego

Kilauea, États-Unis, 1222 m

Entre début mai et début juin la situation a énormément évolué avec de fréquents changements, des fissures s'ouvrant de ci de là, de la lave qui sortait par ici, puis par là etc. Cette évolution rapide nécessitait alors de fréquentes et régulières mises à jour afin de ne pas perdre le fil et maintenir un lien entre une série de modifications et ce qui avait eu lieu avant.
Mais la situation a commencé à se stabiliser à partir du  moment où la coulée principale de la fissure 8 s'est mise en place, et dès lors les mises à jour fréquentes ne sont plus nécessaires: elles conduiraient à une succession de répétitions. Depuis la dernière mise à jour concernant cette activité (06 juin) il n'y a pas eu de grands changements pour cette éruption qui reste exceptionnelle par son ampleur: pour une effusion, le débit reste élevé (environ 100 m3 par seconde actuellement) et surtout constant.

L’intense activité de spattering sur la fissure 8 et la coulée de lave qui s'en échappe et continue d'arriver à l'océan. Image: Olivier Grunewald

L'arrivée de la coulée à Kapoho continue de produire le delta de lave, qui n'est que la partie émergée du champ de lave. Il y a aussi toute la partie invisible, sous-marine, qui ne se décèle que par des zones où la surface de l'eau s'évapore. A ces endroits la lave prend la forme "en coussin", ou "Pillow lava".

La lave au contact de l'océan et la fissure éruptive 10 km plus loin ...une ambiance de début du monde! Image: Olivier Grunewald
Le long du chenal principal peuvent se produire de temps à autres de petits débordement qui, généralement, ne durent pas d'après le HVO. Enfin, depuis plusieurs jours une petite activité de spattering (activité explosive), accompagnée d'une faible effusion (coulée) a recommencé au niveau des fissures 16-18, vers l 'extrémité nord-est  du réseau de fractures ouvert depuis fin avril.

Au sommet la subsidence se poursuit et est vraiment spectaculaire. L'attention dans les médias se focalise (et ça se comprend) sur la coulée de lave et l'éruption car c'est ce qu'il ya d’immédiatement visible et pose le plus de problèmes tout aussi immédiats. Mais l'évolution de la zone sommitale me semble bien plus spectaculaire, car on ne connait qu'assez peu d'équivalents finalement à ces vidanges rapides de conduits et, surtout, à un affaissement de cette ampleur (Piton de la Fournaise 2007, Miyakejima 2000 pour ne citer que ces exemples récents et spectaculaires). Le HVO a réalisé un gif à partir d'images webcam prisent entre les 01 et 10 juin: l'évolution est impressionnante et, à ma connaissance, c'est la première fois qu'un suivi visuel permanent de ce type d'événement peut être réalisé (mais là je peux me tromper).

Affaissement de la caldera d'Halema'uma'u entre les 01 et 10 juin 2018: carrément spectaculaire! image: HVO/USGS
Notez que des portions entières du plancher de la caldera s'enfoncent de manière parfaitement horizontale, c'est impressionnant (en tout cas moi ça me fascine, clairement). Qui pense encore qu'un édifice volcanique est une structure solide, résistante, indestructible?

Le bilan de tout ça c'est que l'édifice reste instable au sommet, avec un subsidence qui se poursuit, mais l'activité éruptive, quoique toujours impressionnante, semble rester plutôt stable (peut-être une légère baisse de la hauteur des fontaines, mais c'est à confirmer).
Et pour finir, un tour en hélico: juste pour le plaisir!

June 11, 2018 Non-stop Eruption from Mick Kalber on Vimeo.

Sources: Olivier Grunewald (que je remercie!); HVO/USGS; Paradise Helicopters

Nyamulagira, République Démocratique du Congo, 3058 m

L'éruption qui a débuté au cours du mois d'avril se poursuit et je n'ai pour l'heure pas trouvé d'images faite depuis le sol. La raison est probablement l'insécurité qui règne actuellement sur cette zone. Un des lecteurs du blog, Mr Balland, m'a ainsi indiqué (et je l'en remercie) que l'accès au Nyiragongo est interdit depuis la mi-mai et ce jusqu'à la fin de l'année suite à plusieurs meurtres de gardes du Parc et des enlèvements de touristes contre rançon. L'accès au Nyamulagira voisin est donc tout autant compliqué, bien entendu.

Les images satellites indiquent par contre que, bien que l'éruption se poursuive, elle semble avoir changé de place entre fin mai et début juin. En effet la source principale de rayonnement, qui pourrait être un petit lac de lave (à confirmer), est maintenant collé contre le rempart nord du Pit Crater alors qu'il s'y trouvait plutôt vers le centre au cours des premières semaines de l'éruption. Je n'ai pas noté de changement particulier au niveau des parois du Pit Crater (pas d'effondrements etc) mais les images sont rarement dépourvues de nuages et la vision n'est pas parfaite.


Il s'agit toujours d'une activité éruptive globalement faible, qui produit (ou à produit) par ailleurs des coulées de lave qui ont rempli une partie du fond du Pit Crater.

Sources: SENTINEL 2 - ESA/Copernicus; F.Balland (encore merci : )

Fuego, Guatemala, 3763 m

Cette fois c'est à un autre lecteur, le Kapitain Krokette, que j'adresse mes remerciements pour le lien vers la vidéo ci-dessous, qu'il m'a faite passer. Elle a été produite via un drône qui a survolé l'édifice après le paroxysme du 03 juin, ce qui permet de voir un peu mieux l’impressionnante cicatrice qui a été formé a cette occasion.




Les images sont intéressantes car elles montrent la morphologie de cette importante zone qui s'est effondrée au cours du 03 juin. Les bords sont abruptes, quasiment verticaux mais attention: ces murs latéraux existaient déjà pour partie avant le paroxysme. Il y avait là un couloir dans lequel descendaient les coulées de lave, et où s'accumulaient divers dépôts fragmentés (blocs roulants depuis le sommet ou détachés des coulées, et dépôts d'écoulements pyroclastiques). Ce couloir, dont la pente est très forte, était donc empli d'un millefeuille, structure pouvant être hautement instable, fragile.

La cicatrice laissée juste sous le sommet du stratocône a une forme de fer à cheval caractéristique mais si la paroi qui la délimite est quasiment verticale, sa pente s'adoucit rapidement pour se mettre parallèle à la pente du cône.

La cicatrice laissée sur le versant sud-est du stratovolcan Fuego, vue le 10 juin. Image: extraite de la vidéo de Josef Stano

Le profil finalement très "aplatit" de la zone d'effondrement suggère* qu'il résulte d'un déplacement en masse d'une partie du millefeuille, qui a pu se mettre à glisser le long de certains de ses dépôts (ceux constitués de cendres, blocs etc, sont particulièrement faciles à déformer). Si cette idée était confirmée, plusieurs causes pourraient être invoquées, causes pouvant se combiner par ailleurs:
- une augmentation trop rapide de l'épaisseur des dépôts produits par les paroxysmes, qui se sont enchainés ces dernières années (1 par mois en moyenne!), qui ne leur permette pas de se tasser correctement et de gagner en cohésion
- la sismicité intense qui fait vibrer les dépôts et n'aide pas à les rendre stables évidemment
- les contraintes mécaniques et déformations associées liées à l'intrusion du magma qui, depuis des années, fait éruption au sommet de l'édifice.

Par contre la morphologie de la zone impactée qu'on voit sur la vidéo montre aussi des signes clairs d'érosion, qui a deux origines.
1- La mise en place de l'écoulement (ou la série d'écoulements) pyroclastique du 03 juin. En effet la progression d'un tel écoulement produit dans le dépôt qu'il recouvre, des variations importantes de pression, qui vont émietter le dépôt et lui permettre de partir en lambeaux dans l'écoulement lui-même. Ainsi lorsqu'un écoulement pyroclastique progresse, il érode activement le substrat sur lequel il avance (j'en avait un peu parlé dans un post il y a deux ans).
2- L'autre facteur d'érosion est évidemment la pluie, qui a généré ces derniers jours d'importants lahars chauds très spectaculaires.



L'instabilité chronique de la paroi a généré d'autres écoulements pyroclastiques dans les jours qui ont suivi la catastrophe et les bulletins de l'INSIVUMEH indiquent que des avalanches de blocs continuent de se produire dans plusieurs ravines, dont Las Lajas: il est possible que l'émiettement de la parois se poursuive.

Le CONRED indique que plus d'1.7 millions de personnes ont été affectées par cette catastrophe, 12 823 ont été évacuées, 197 personnes restent portées disparues et 110 sont officiellement décédées. Le compte n'est visiblement et malheureusement pas définitif. 

* des spécialistes de la question sont les bienvenus dans les commentaires
Sources: INSIVUMEH; Kapitain Krokette

3 commentaires:

  1. Le Fuego est le genre de volcan qui dans le futur pourrait devenir un nouveau Mont Saint Helens ou un Cumbre Vieja ! Une partie du cône n'est pas stable

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  2. Bonjour CV,
    C'est tout a fait normal de faire passer les infos que l'on a, cela alimente et fait vivre votre blog qui est toujours très intéressant, on y apprend beaucoup sur les volcans
    En janvier de cette année j'ai fait l'ascension du Nyiragongo, il y avait déjà une certaine tension à Goma, je ne me serais pas aventuré seul dans cette ville : beaucoup d'insécurité, dans le parc des Virunga il y avait déjà des attaques et des enlèvements pour obtenir des rançons, les touristes étaient épargnés, tous les déplacements étaient faits sous escortes militaires idem pour l'ascension du Nyiragongo
    De février à avril les enlèvements ont été de plus en plus nombreux et le 11 mai 2 touristes britanniques ont été enlevés avec le conducteur du vehicule et une garde du parc a été tuée lors de cette attaque, les trois otages ont été libérés 48 h après certainement contre rançon
    Dommage que le par des Virunga soit maintenant fermé car le Nyiragongo est un volcan qu'il faut voir le spectacle est au rendez-vous

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