4 octobre 2015

Des cendres au Copahue et au Sheveluch

Copahue, Chili, 2965 m

Depuis le 11 septembre dernier l'activité sur le volcan est restée mi figue-mi raisin. Le volcan a continué de manifester une activité interne au-dessus de la normale (mais je ne sais pas à quel VUI cela pourrait correspondre, peut-être 2 ou 3). La sismicité reste intense, dominée par des secousses issues de fracturations, mais avec une sismicité relativement importante due à la circulation de fluides dans et sous le volcan.
Lors d'un survol effectué le 13 eptembre les volcanologues du SERNAGEOMIN avaient constaté que
le lac acide était toujours présent dans le cratère El Agrio, malgré la présence d'une incandescence, visible la nuit. Des dépôts de soufres avaient aussi été observés sur le neige dans le cratère, ce qui avait permis à l'équipe ayant survolé le volcan de supposer que la concentration en Soufre était plus importante. Or cet élément est présent en grande quantité dans les magmas: une partie du dégazage semblait donc alimenté par des gaz magmatiques, en plus des fluides hydrothermaux.
Plus tard, dans un bulletin spécial émis le 22 septembre le SERNAGEOMIN indique que de petites explosions sont aperçues dans le cratère El Agrio: il ne s'agissait visiblement pas d'une activité magmatique mais plutôt d'une activité hydrothermale ou phréatique*, et certaines explosions, sans être entendue, avaient été repérées par des capteurs infrasons. Des blocs incandescents ont bien été projetés, n'affectant que le pourtour du cratère sommital, mais il ne faut pas oublier que mêmes des roches anciennes chauffées sont incandescentes: "incandescence" ne signifie pas "magmatique".
Entre les 13 et 22 septembre le niveau du lac avait commencé de diminuer, autre signe d'une augmentation de la température des gaz émis.
Pour les volcanologues une masse de magma a donc migré vers la surface et une partie de son énergie provoque les phénomènes observés. La question est évidemment de savoir si cette masse parviendra à sortir ou non.
Dans un autre bulletin spécial, édité cette fois le 01 octobre, le SERNAGEOMIN faisait part d'une augmentation significative du trémor, toujours lié à des mouvements de fluides dans l'édifice mais, pour l'heure, le magma semble rester sous la surface.

C'est dans ce contexte d'un système volcanique en déséquilibre que l'on peut à nouveau observer sur les images de la webcam située côté Chilien (celle de Caviahue, côté Argentin dysfonctionne malheureusement), quelques phases d'émissions de cendres.

Panache de cendres sur le volcan Copahue, 03 octobre 2015
Émission de cendres sur le volcan Copahue le 03 octobre au soir. Image: SERNAGEOMIN

Ces cendres sont émises en quantité faibles, par bouffées: ce n'est pas une émission continue et abondante. Seule la zone sommitale est affectée. Mais cette situation peut conduire à la mise en place d'une activité explosive plus intense, phréatique ou magmatique, comme ce fut le cas en octobre dernier, par exemple. C'est en tout cas un scénario vraisemblable, qui justifie largement l'interdiction d'approcher à moins de 2500 m du cratère El Agrio.

* une activité phréatique est causée par la présence d'une masse de magma, qui ne participe pas directement. Une activité hydrothermale est causée uniquement par une déstabilisation du système hydrothermal, sans aucune présence de magma.

Source: SERNAGEOMIN

Sheveluch, Russie, 3283 m

L'extrusion du nouveau dôme se poursuit, accompagné de sa kyrielle de petites avalanches de blocs et, parfois, de bouffées de cendres, manifestations d'une surpression enfin libérée. Aujourd'hui un événement de taille plus conséquente s'est toutefois manifesté, partiellement masqué par les nuages. Le KVERT a édité un bulletin dans la foulée, indiquant qu'un événement explosif important (strong explosive event) avait eu lieu. L'expression est générale car "événement explosif " peut signifier soit une explosion puissante, soit un écoulement pyroclastique important.
La séqunence d'image prise par les webcams au moment où l'"événement explosif" a eu lieu semblent indiquer un scénaior un peu mixte, mais plutôt penché vers la second explication.
En effet, à 21h59 TU, on peut apercvoir au-dessus de la couche de nuages un petit panache émerger verticalement au-dessus du dôme. Il s'agit-là d'un panache de cendres produit par une explosion faible. Mais en regardant bien l'image on peut voir qu'il y a aussi sur la droite, au pied du panache, une autre masse de cendres en déplacement: il s'agit d'un écoulement pyroclastique, dont la base est masquée par les nuages.

Effondrement de dôme de lave sur le volcan Sheveluch, 04 octobre 2015
Explosion et écoulement pyroclastique sur le dôme actif du Sheveluch aujourd'hui. Image: IVS/RAS-KVERT
Suite à ce départ d'activité mixte explosion/effondrement de dôme, le seul phénomène qui prend vraiment de l'ampleur, c'est l'écoulement pyroclastique. Au cours de sa progression, le panache copyroclastique qui se développe au-dessus de lui a tôt fait de surpasser en dimension le panache de l'explosion initiale. 

Effondrement de dôme de lave sur le volcan Sheveluch, 04 octobre 2015
Explosion et écoulement pyroclastique sur le dôme actif du Sheveluch aujourd'hui. Image: IVS-RAS/KVERT

Pour autant l'activité explosive sur le dôme même ne cesse pas immédiatement après le départ de la séquence. En réalité le sommet du dôme va être le siège d'un puissant dégazage, chargé de cendres ("ash venting" dans le jargon des volcanologues), durant plusieurs minutes, mais la plus grosse quantité de cendres est sans conteste celle apportée par la mise en place de l'écoulement pyroclastique.
La séquence entière ne prend qu'un quart d'heure, mais le panache produit a atteint, d'après le KVERT, 6500m d'altitude. 

Effondrement de dôme de lave sur le volcan Sheveluch, 04 octobre 2015
La séquence d'image qui montre l'explosion et l'écoulement pyroclastique. images: IVS-RAS/KVERT
Pour résumer: le nouveau dôme de lave du Sheveluch, qui a débuté sa mise en place il y a maintenant environ 3 mois se poursuit. Sa progression se manifeste essentiellement par des avalanches de blocs incandescents de taille réduite mais, parfois, par l'effondrement de plus gros volumes de lave. Ces derniers donnent alors naissance à des écoulements pyroclastiques. Une activité explosive faible se manifeste aussi de temps à autres sous la forme de bouffées cendreuses. Pour l'événement d'aujourd'hui il n'est pas possible de dire si l'explosion et l'effondrement ont été conjoint ou si l'un a déclenché l'autre.

Source: IVS-RAS/KVERT; VAAC de Tokyo.

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