13 juillet 2013

Eruption Minoenne (Santorin): on connait la saison.

L'éruption Minoenne est l'un des événements volcanique majeur de l'âge du bronze. Elle correspond à l'effondrement d'une caldera sur l'île de Santorin vers 1613 av JC (Friedrich et al. 2006; Heinemeier et al. 2009). Beaucoup de choses ont été découvertes sur cette éruption, tant sur le plan volcanologique (reconstitution des différentes étapes de l'éruption par l'analyse des dépôts) qu'environnemental, avec des impacts recensés sur toute l'Europe (ralentissement de la croissance végétale pendant plusieurs années en Suède, Allemagne, Irlande, Turquie … et des tsunamis sur les côtes méditerranéennes), que socio-culturel avec le déclin post-éruption de la civilisation Minoéenne en crête.

Reconstitution de la dispersion des cendres de l'éruption Minoéenne par la visualisation des isopaques (ligne d'égale épaisseur) des dépôts de cendres. Image : Wikimédia Commons

En clair : bien qu'il reste beaucoup de choses à découvrir concernant cette éruption et ses conséquences, un schéma général cohérent est maintenant clairement établi grâce aux découvertes réalisées dans des domaines aussi distincts que la pétrologie ou l'archéologie.

Mais à quelle saison s'est déroulée cette éruption? Il s'agissait là de l'un des détails sur lequel planchaient plusieurs chercheurs.   

Pour tenter de le déterminer avec un maximum de précision, l'équipe d'Eva Panagiotakopulu (chercheuse à l'Université d'Edimbourg, Institut de Géographie, école de géosciences) a analysé les restes d'un coléoptère, le Bruchus Rufipes, trouvés dans des jarres servant au stockage de graines à l'époque Minoéenne.


Un Bruchus Rufipes mâle. Image: wikimedia commons.
Ces jarres ont été trouvées dans l'une des maisons d'Akrotiri, appelée «maison ouest». Elles contiennent des graines de Lathyrus clymenum, sorte de petit pois.


Lathyrus clymenum. Image : botanica.org

Lathyrus clymenum. Image: florealpes.com


Au moment de l'éruption, les écoulements pyroclastiques détruisent Akrotiri et recouvrent les jarres de leur dépôt. La très haute température de ces derniers tue graines et insectes, ainsi que leurs larves: l'éruption fige ainsi l'activité biologique qui avait lieu dans les jarres.


Mais comment trouver la saison?
  • Déterminer l'environnement des jarres
Pour arriver à un résultat crédible il a tout d'abord fallu analyser le contexte dans lequel se trouvent les jarres. 
Des études sur la "maison ouest», et particulièrement la pièce où elles se trouvent, ont montré depuis longtemps qu'elle était dédiée au travail et au stockage des récoltes.

L'approche ethnographique de l'île indique, de son côté, que la récolte de Lathyrus clymenum se faisait en plusieurs étapes, étalées entre les mois de novembre (ensemencement) et fin juin-début juillet (conservation des graines). La récolte des gousses avait lieu de mai à juin, puis elles étaient battues, fin mai-début juin, pour extraire les graines (pois). Enfin, ces dernières étaient mises à sécher au soleil avant d'être stockées, pour limiter le développement des parasites et permettre leur conservation.
Les études entomologiques, enfin, ont permis de déterminer le cycle de vie de Bruchus Rufipes. Il débute en mars lorsque les femelles se gavent de pollen, nécessaire à la maturation de leurs organes sexuels. Après la fécondation des ovules, les œufs sont déposés dans les jeunes fruits (gousses) de Lathyrus clymenum. Chaque larve présente s'installe ensuite dans l'une des graines en cours de maturation pour mener à bien sa métamorphose. Autre donnée importante : cet insecte ne se reproduit qu'une fois dans l'année (insecte dit univoltin).
Le cycle de reproduction de Bruchus Rufipes, comparé au étapes de la culture de Lathyrus clymenum.

  • Analyser le contenu des jarres
L'étude des graines de Lathyrus clymenum présentes dans les jarres indique qu'elles était partiellement infestées par Bruchus Rufipes. L'insecte y est présent à différents stades de son développement, mais contient surtout des restes d'adultes.


Pois (graines) infectées par Bruchus Rufipes. Image : E.Panagiotakopulu et al

Graine de Lathyrus clymenum. Une larve de Bruchus Rufipes s'y trouve encore.
Image : E.Panagiotakopulu et al

Elytres de Bruchus Rufipes adultes. Image : E.Panagiotakopulu et al



Comme le battage des gousses se faisait fin mai début juin, la présence d'adultes dans les jarres ne s'explique que s'ils sont sortis des graines après le remplissage des jarres, c'est-à-dire après l'étape de séchage.

D'autres analyses réalisées sur le site indiquent que des températures de l'ordre de 300°C au moins (Braadbaart and van Bergen 2005) ont régné pendant plusieurs jours dans la «maison ouest». De facto cela a empêché toute activité biologique de se développer après que le dépôt ce soit mis en place: aucune dégradation, liée à des moisissures par exemple, n'a été observée.
La qualité du contenu de la jarre plaide donc aussi pour une récolte ayant eu lieu très peu de temps avant le départ de l'éruption.

Ainsi l'analyse combinée :
1- du cycle de reproduction de l'insecte parasite et de sa plante hôte,
2- des habitudes ethnographiques des habitants de Santorin en ce qui concerne cette même plante et
3- la qualité de préservation du contenu des jarres servant au stockage des récoltes
permet de restreindre le moment où l'éruption s'est produite à une fenêtre de 2, peut-être 3 semaines, fin juin ou début juillet, d'une année située vers 1613 +-13 ans avant JC.
Aller, je rêve un peu: c'était le 13 juillet 1613 av JC, il y a 3626 ans aujourd'hui !


Je tiens à remercier chaleureusement le docteur Eva Panagiotakopulu qui m'a autorisé la lecture de son article dont ce post n'est qu'un  modeste résumé :

"Ancient pests: the season of the Santorini Minoan volcanic eruption and a date from insect Chitin" (Eva Panagiotakopulu & Thomas Higham &Anaya Sarpaki & Paul Buckland &Christos Doumas, Naturwissenchaften, 2013)

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