24 mai 2017

Retour sur l'effusion du volcan Ibu

Cela fait bien longtemps que je n'ai rien transmis concernant l'activité sur cet édifice, et pour cause: elle est globalement très stable, et toujours aussi discrète.

Depuis mon post précédent, en 2015, j'ai toujours pensé qu'il ne s'est rien produit de particulier par rapport à l'activité habituelle. Les seules données régulières sont les bulletins du VAAC de Darwin, qui indiquent que des émissions de cendres se produisent assez
fréquemment, même si elles restent plutôt modestes. C'est toujours dans le cratère sommital, maintenant rempli d'une masse de lave lentement extrudée depuis la fin des 90, et qui a lentement débordé entre 2012 et 2015 pour former une coulée sur le flanc nord, que se déroule cette activité explosive qu'on ne peut pas vraiment qualifier de strombolienne, ni de vulcanienne ("vulcanienne faible" peut-être....), car elle ressemble un peu à ce qui peut être observé au Semeru ou au Santiaguito (hors des phases violemment explosives): des mises en pression du système d'alimentation, qui se libèrent par le relâchement plus ou moins brusques de gaz, avec une explosivité plutôt faible. Malgré tout des blocs peuvent être projetés dans un périmètre d'une centaine de mètres alentour, d'après les quelques images qui sont faites.
Cette zone active trône au sommet d'un amas de laves plus élevé que le reste de la galette qui emplit le cratère: c'est la zone où se déroule l'extrusion.





Toutefois en regardant les données du MIROVA j'ai commencé à avoir un doute quand à la stabilité de cette activité. Notamment après avoir constaté qu'en août 2016 une activité thermique plus intense que l'habituelle s'était déroulée sur une période visiblement assez courte.

Durant quelques jours en août 2016, l'activité thermique a été plus importante. Image: MIROVA
 
Seule solution pour tenter de trouver la cause de ce pic:

1- consulter les archives des images satellites de la période interessante en espérant que, pendant au moins un passage, l'édifice n'aura pas été trop couvert de nuages.

2- croiser les doigts

Et parfois la chance sourit. L'image ci-dessous a en effet été réalisée à partir des données produites lors du passage du satellite SENTINEL 2 le 04 août 2016. Le sommet est parfaitement dégagé, et si rien ne se distingue nettement en "vraies couleurs", le remplacement de la couleur rouge par les infrarouges thermiques révèle une zone allongée dont le rayonnement thermique est très faible: il s'agit d'une coulée de lave visqueuse, longue d'environ 800 m, qui prend sa source au pied du versant nord de l'extrusion.

Très faible signal thermique sur la coulée de lave visqueuse. Image: SENTINEL 2-ESA/Copernicus

Toutefois la date de cette image ne colle pas avec le pic d'activité thermique, relevé par le MIROVA après le 15 août: il a donc une autre source, non identifiée à ce jour.

Surpris que cette effusion, passée inaperçue, n'émette pas plus de rayonnements infrarouges j'essaye de savoir si elle n'a pas été un peu plus active quelques temps plus tôt. Il se trouve qu'au cours de cette recherche, j'en trouve trace jusqu'en juillet 2015, sur une image réalisée par LANDSAT 8. 

Le rayonnement de la coulée visqueuse est déjà présent en juillet 2015. Image: LANDSAT 8-NASA/USGS

A chaque fois son rayonnement thermique est très très faible, ce qui est cohérent avec un taux d'effusion très faible lui aussi, et la présence d'une carapace de surface, isolante, assez épaisse. Tout cela suggère que la surface de la coulée est de type "lava blocks", très chaotique et caractéristique de l'écoulement de laves visqueuses. C'est d'ailleurs ce que suggère fortement l'image en très haute résolution faite fin juin 2015 par Digital Globe, et que l'on peut voir sur Google Earth.

La coulée de lave  est visible sur Google Earth. Image: Google Earth/Digital Globe

D'après ce que j'ai pu constater, cette coulée n'émet plus de signal thermique depuis la seconde moitié de l'année 2016. Il semble donc que l'effusion, dont je pensais qu'elle s'était arrêtée courant 2015, à en réalité perduré pendant encore plus d'un an, au moins jusqu'en août 2016.
Et c'est en relisant le post publié le 31 août 2015 que j'ai eu la surprise de constater qu'à l'époque j'avais observé sur des données ASTER une légère modification de la morphologie de la coulée. L'une des mes deux idées pour l'expliquer alors était qu'elle pouvait être due à un second lobe de coulée passant par-dessus le premier: il m'aura donc fallu quasiment 2 ans pour trouver, par hasard, de quoi corroborer cette idée.
Mieux vaux tard que jamais...


Sources: MIROVA; LANDSAT 8/NASA-USGS; SENTINEL 2/ESA-Copernicus

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