5 janvier 2016

Le point sur l'activité des volcans Soputan (Mis à jour) et Bromo

Soputan, Indonésie, 1784 m

L'activité éruptive entamée hier soir se poursuit. Une nouvelle explosion, puissante à nouveau, s'est produite peu après le levé du jour (06h38 du matin), générant un nouveau panache, haut de 6500m d'après l'observatoire du PVMBG.
Cette explosion a généré, en plus du panache, un écoulement pyroclastique (peut-être une série) qui semble avoir affecté le flanc sud du cône actif.

Le panache de cendres et l'écoulement pyroclastique. Image: auteur non précisé/Sindonews

Cette explosion a été brève et le panache de cendres a été rapidement dispersé en direction du nord, ce qui se voit bien sur les images du satellite Himawari 8. Un second panache, plus sombre, est visible sur l'animation ci-dessous à une altitude plus faible, dont l'origine n'est pas déterminée (il pourrait y avoir une relation avec l'écoulement pyroclastique)

Le développement et la dispersion du panache de la photo ci-dessus. Image: Himawari 8/JMA

Au cours de la journée l'activité n'a pas cessé mais s'est poursuivie avec un dynamise différent. Certaines images prises en fin de journée montrent en effet une série de fontaines de lave, alignées sur le sommet, qui alimentent un panache de cendres

Les fontaines de lave et leur panache de cendres. Image: auteur non précisé/Sindonews

Cette éruption est tout à fait conforme à celles qui ont pu être observées régulièrement sue cet édifice: un démarrage en force avec une activité explosive puissante, et écoulements pyroclastiques, suivi d'une activité plus tranquille (même si intense) avec fontaines de lave, parfois coulées.
Ces variations importantes de dynamisme ont été expliquées au cours des années 2000 par la présence, à faible profondeur, d'une zone réservoir dans laquelle le magma basaltique cristallise. L'origine des violentes explosions initiales des éruptions du Soputan, résiderait dans une combinaison d'événements
- un conduit colmaté en fin d'éruption par un bouchon de lave dégazée
- une cristallisation dans le réservoir peu profond d'un magma plutôt basique, ce qui libère des gaz, coincés par le bouchon, fait monter la pression et...
-... augmente la viscosité générale du mélange roche fondue + cristaux qui reste dans le reservoir. En effet, plus la quantité de cristaux est grande, plus ils se coincent et se frottent les uns les autres, et plus la mobilité du mélange liquide+cristaux est limitée.

Une fois la surpression initiale éliminée avec le bouchon par l'activité explosive puissante, le magma basaltique restant peu sortir de manière un peu plus tranquille, d'où les fontaines et parfois les coulées.


Concernant cette éruption il semble que le trémor ait commencé à monter une hausse progressive dès novembre 2015, hausse qui s'est fortement accentuée fin 2015, début 2016.

En terme de conséquences, il se semble pas y avoir eu de choses trop graves. L'explosion de ce matin a quand même recouvert 3 villages situés à une dizaine de kilomètres au nord-est de l'édifice d'une couche de cendres de 1.5 cm, ce qui pourrait entrainer des dégâts sur l'agriculture. Le nettoyage a commencé dès la fin des chutes de cendres afin d'en minimiser l'impact, et la distribution des masques à poussière a battu son plein toute la journée. Aucune évacuation n'est programmée.

Distribution de masques à poussière (gratuits). Image: Yoseph Ikanubun/Liputan6.com

Globalement une dizaine de villages semblent avoir été impactés de manière plus ou moins franche. L'aviation, pour une fois, n'a pas eu de problèmes avec l'activité.
L'accès au volcan est interdit dans un rayon de 4km, étendu à 6.5 km sur le flanc sud-ouest, à cause du couloir qui peut canaliser les écoulements.


* Cette situation fait écho à un échange interessant que l'un des lecteurs du blog, Alcide Cloridrix, et moi-même avons eu récemment concernant l'explosion du Momotombo et ses possibles causes. Il y a de nombreuses différences entre les deux situation évidemment, la plus important étant que l'explosion importante du Momotombo s'est produite quelques semaines après la fin de l'éruption, alors qu'ici l'explosion violente ouvre le bal, si je puis dire. Mais en l'occurence on peut retrouver quelques point communs, comme le rôle de la cristallisation à faible profondeur par exemple, qui libère du gaz.

Mise à jour, 06 janvier, 06h59

Juste pour partager une vidéo de la phase de fontaines au sommet.


Et une autre en ce qui concerne les chutes de cendres, et l'ambiance alentours.



L'éruption semble se poursuivre ce matin: les images satellites montrent en effet un panache continue qui s'étire sur plusieurs dizaiones de kilomètres en direction de l'ouest.

Sources: PVMBG; Sindonews; BNPB;Himawari 8/JMA; Liputan 6; Youtube

Caldera du Tengger- cône du Bromo, Indonésie, 2329 m

L'activité sur le volcan reste importante mais a entamé une phase de déclin d'après le BNPB, organisme en charge de al gestion des crises.
Depuis le précédent post, elle n'a pas changé de style: elle se manifeste toujours par l'émission, soutenue, de cendres. Le déclin se fait toutefois sentir par le fait que l'émission de cendres commence à se faire parfois pulsante, par bouffées alors qu'elle était continue jusqu'à présent. Voilà ci-dessous deux séquences qui montrent ce côté pulsant.

Images: PVMBG

Images: PVMBG

Le photographe O.L.Andersen a pu, en outre, observer la formation de lahars dans la caldera, suite à d'importantes pluies qui ont affecté la zone ces derniers jours. Il est interessant de noter que ces écoulements de boue ont notamment affecté la zone par où les touristes accèdent au cône du Bromo (on perçoit le chemin tracé par les vas et viens des chevaux et des motos sur la photo ci-dessous).

Les écoulements de type lahar ont affecté la partie nord-est de la caldera, le 03 janvier. Image: Oysten L. Andersen

L'impact sur la végétation a aussi été observée par le photographe, qui a constaté la chute d'arbres de petite taille, pliés sous le poids de cendres, elles-même alourdies par les pluies récentes. Les toits les plus fragiles sont susceptibles de s'effondrer si l'activité se poursuit trop longtemps et affecte trop régulièrement le même secteur.

Arbres tombés sous le poids de cendres. Image: Oysten L. Andersen
De fait, le "rien faire" n'est pas à l'ordre du jour pour les habitants de Cemorolawang, porte d'entrée de la caldera et zone d'accueil essentielle pour le tourisme dans le parc du Bromo-Tengger.

Enlever les cendres le plus possible est un travail de longue halène.  Image: Oysten L. Andersen


Retrouvez l’ensemble des photos d'Oysten L. Andersen sur son site web.

Sources: BNPB; Oysten L. Andersen

5 commentaires:

  1. J'adore comment la nature se charge d'éclaircir ses propres mystères ;)

    J'avais lu, sur Photovolcanica (un très beau site avec toute une page sur le Soputan http://www.photovolcanica.com/VolcanoInfo/Soputan/Soputan.html )que ce volcan était une sorte de bête curieuse géologique.

    En effet, il émet des basaltes, très pauvres en silice (51% c'est pas grand chose), mais d'une viscosité extrême, compte tenu du taux de cristaux qu'ils contiennent. Ces cristaux semblent effectivement formés dans une chambre magmatique très superficielle, où le magma stagne, refroidit et cristallise de façon très importante en fin d'éruption, au point que des dômes se forment tant la viscosité devient alors élevée.

    Lorsqu'une nouvelle impulsion basaltique fluide, chaud et pressurisée se met en place, tout la soupe de cristaux accumulée sous le dôme monte en pression et le fait exploser très violemment en une phase vulcanienne très intense, puis l'activité passe en mode strombolien classique, des fontaines de lave et des coulées en abondance, dés que le système est dégagé.

    Il y a un autre volcan qui semblerait fonctionner d'une façon un peu similaire, c'est l'île de Sangyang Api, dans le même coin en 2014... Une seule (et mastoc ;) explosion initiale, suivie d'une activité effusive et strombolienne longue et durable...

    Ca a l'air fréquent en fait, et la classification "basaltique = effusif, andésitique = explosif" ne tient plus trop la route...

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    1. Votre dernière remarque est juste (concernant le Sangeang Api, je ne sais pas si les causes sont les mêmes car il ne semble pas très étudié, mais en tout cas le déroulement est similaire, en effet).
      Toutes les éruptions ou presque sont mixtes: une composante effusive (dite extrusive dans le cas des magmas visqueux) accompagnant ou suivant souvent une composante explosive au cours de l'éruption.
      Certes les magmas andésitiques (et plus visqueux encore) ont une composante explosive plus marquée (explosions plus violentes etc) et les VEI les plus importants sont essentiellement dus à ces magmas différenciés, riches en SiO2, mais des VEI importants peuvent être liés à des éruptions de magmas basiques (volcan Okataina, 1886, VEI 5 par exemple lors de l'ouverture de la fissure dite de Tarawera). Et à contrario des éruptions à magma ultravisqueux peuvent n'avoir aucune composante explosive ou presque et ne former que des dômes ou dômes-coulées..
      Toutes les variations sont possibles. Du coup, en effet, la simplification "basaltique = effusif, andésitique = explosif" ne tient absolument pas la route.

      Tout (trop) simplifier, c'est avant tout ne plus rien comprendre et ne plus pouvoir expliquer non plus. Raison pour laquelle j'ai, de mon côté, laissé tomber de longue date ces expressions.

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  2. Sublime la vidéo... On dirait une éruption fissurale qui partage le sommet en 2... Comme c'est beau!

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  3. c'est vrais que c'est beau et impressionnant mais j'ai quand même une pensée pour les habitant qui trinque pas mal
    (bonne année à tous.)

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    1. Bonjour Dom67, meilleurs voeux à vous aussi bien sûr !
      Heureusement, j'ai l'impression que l'impact de cette activité est limitée.

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