8 décembre 2015

L'activité des volcans Turrialba, Alaid, Etna (mis à jour) et Bromo

Turrialba, Costa-Rica, 3340 m

L'activité sur l'édifice est restée calme depuis les dernières phase d'activité, fin octobre mais une nouvelle émission de cendres est venue rompre le repos le 1er décembre dans la matinée. De faible
ampleur ele n'avait posé aucun problème particulier.

Activité au matin du 01 décembre 2015. Image: RSN

L'activité d'hier a été un peu plus soutenue. Elle s'est produite en début d'après-midi, à 13h08 (heure locale) mais, bizarrement, sa durée n'est pas très claire: l'OVSICORI-UNA indique qu'elle a duré 10 minutes environ, alors que le RSN (Réseau Sismologique National) lui confère une durée de 35 minutes au moins... 
Quoi qu'il en soit les cendres se sont élevée à environ 400m de hauteur, tout en étant rapidement rabattues par le vent.

Le panache de cendres du 07 décembre 2015. Image RSN
Les chutes de cendres ont été recensées sur la partie ouest du massif volcanique où tout a été couvert d'une fine pellicule grise.
Pas de soucis particulier suite à cette activité mais le volcan a peut-être entamé un nouveau cycle d'émissions de cendres. Les particules éjectées par l'activité d'hier ont été récoltées pour analyse.
Sources: RSN; OVSICORI-UNA 

Alaid, Russie, 2339 m

L'activité éruptive se poursuit, mais on ne sait toujours pas ce qu'il se passe concrètement dans le cratère sommital de cette île-volcan. Les signaux thermiques sont assez clairs: une activité éruptive est toujours en cours. Une image MODIS datée d'hier montre par ailleurs que le sommet est impacté par cet activité car il se présente maintenant avec une teinte sombre, donc :
*soit dégagé de toute couverture neigeuse
* soit la couverture neigeuse est couverte de dépôts.

Le sommet du volcan Alaid est de teinte sombre. Image: MODIS/NASA

Tout cela semble correspondre plutôt à une activité strombolienne mais sans photos, difficile d'avoir une certitude.

Sources: MIROVA; MODIS/NASA

Bromo, Indonésie, 2329m

L'activité sur le célébrissime cône de cendres reste visible assez importante. Le MODIS a permis de voir hier la présence d'un panache de cendres plutôt important, étiré vers le sud sur pas loin de 100 km. Cette émission de cendres se poursuit aujourd'hui et ne semble pas avoir perdu que légèrement en vigueur.

Le panache de cendres du Bromo le 08 décembre 2015. Image: MODIS/NASA
L'impact de cette activité se fait déjà clairement ressentir sur l'activité touristique, si importante dans la Caldera. Le chef du parc national fait les comptes: seules quelques centaines de personnes visitent quotidiennement la caldera en ce moment, contre plusieurs milliers habituellement. Il est vraisemblable que la mesure d’interdiction de faire l'ascension jusqu'à la lèvre du cratère en soit la cause: les touristes se déplacent en premier lieu pour ça.
Sources: MODIS/NASA; Presse Indonésienne

Etna, Italie, 3330 m

Après avoir vu le remplissage des cratères sommitaux par les dépôts des paroxysmes je me suis demandé si la morphologie globale de la zone sommitale n'avait pas été retouchée de manière suffisemment importante pour que cela se remarque.
Et j'ai été plus que surpris par le changement, largement visible à l'oeil nu. Pour bien le visualiser je me suis amusé à retracer sur une image prise hier le profil de l'Etna vu depuis Bronte, tel qu'il était avant les paroxysmes....la différence est juste incroyable. La morphologie de la Voragine est celle qui a le plus changé, bien entendu. Mais je ne m'attendais pas à ce que les modifications soient aussi prononcées sur le Cône Nord-Est et la Bocca Nuova. Jugez plutôt.

La ligne blanche marque la topographie telle qu'on pouvait l'observer avant les paroxysmes: tout ce qui dépasse au-dessus a été ajouté par eux. Image: Nicola Zappala, modifications: Culture Volcan
En première estimation, la partie la plus épaisse de ces dépôts (à gauche de la Voragine) ferait dans les 30 m d'épaisseur, peut-être 40! C'est un chiffre qu'il faudra bien sûr vérifier mais, quoi qu'il en soit l'impacte de cette éruption à plusieurs paroxysmes est plus qu'important.

Autre chose d'important: l'INGV a fait savoir qu'une sismicité relativement soutenue avait impacté aujourd'hui le haut versant  nord-est de l'Etna, entre la station de Piano Provenzana et la base du cône nord-est. Au cours de cette crise au moins deux secousses (magnitudes 2.9 et 3.8) ont été ressenties par la population locale. Par ailleurs des fissures ouvertes sur 2 à 4 cm de large ont été signalées vers 1450m d'altitude sur la route de Mareneve, qui monte depuis Linguaglossa (au nord-est de l'Etna) jusqu'à la station de Piano Provenzana. Il s'agirait d'un mouvement de la faille de Pernicana, faille qui fait partie de la rift-zone nord-est de l'Etna. C'est sur cette rift-zone que s'est déroulée la première phase de l'éruption de 2002-2003, qui avait détruit Piano Provenzana, reconstruite depuis.

Aussi, et parce que par le passé ce type de crise sismique latérale s'est avérée (pas systématiquement) être précurseur d'éruptions fissurales sur les flancs de l'édifice, l'INGV va surveiller de près l'évolution de cette situation, évidemment.

Mise à jour,  20h05

L'après-midi s'est terminée avec une nouvelle phase d'émission de cendres sur le Cône Nord-Est, pas très intense mais qui montre bien que rien n'est encore stabilisé: il reste de la pression dans le magma responsable de cette crise exceptionelle.
A la tombée de la nuit, les webcams les plus sensibles aux basses lumières ont permis de constater que des lueurs relativement intenses étaient présentent dans ce Cône Nord-Est: une activité strombolienne s'y déroule. Après la Voragine et le Nouveau Cône Sud-Est, voilà donc un troisième des 5 principaux cônes (si on sépare l'ancien et le nouveau Cône Sud-Est, 4 seulement si on les considèrent comme un ensemble) du sommet de l'Etna à participer à la libération de cette pression.
La petite surprise de ce soir c'est qu'en plus de cette activité dans le Cône Nord-Est, des lueurs suspects se sont manifestées aussi sur le Nouveau Cône Sud-Est.

Les leurs d'incandescence sur deux cônes ce soir. Images: Radiostudio7
Nous verrons bien d'ici demain ce qu'il se sera passé mais au moment où je rédige cette mise à jour, les lueurs en question se sont faites plus rares et plus faibles.


Source: Nicola Zappala; INGV

3 commentaires:

  1. Bonjour,

    Avec ce comblement impressionnant des cratères, peut-on craindre à plus ou moins court terme des phénomènes explosifs plus violents et brutaux que ceux auxquels l'Etna nous a habitués?

    Cdt, Marc

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    1. Bonjour Marc. Difficile à dire. Il faut garder en mémoire que les dépôts des paroxysmes se sont mis en place à très haute température et dans des cratères aussi larges que profonds, ce qui a produit un comblement rapide. Cette configuration permet de supposer qu'actuellement la partie interne des dépôts reste à très haute T° et subit des déformations plastiques: encore mous ils se tassent et, peut-être, se soudent à chaud. C'est un peu là toute la question en fait: si la masse de dépôts est solidifiée, le bouchon est dores et déjà formé. Mais si cette masse de dépôts tassée est encore assez chaude pour être partiellement fluide, les gaz pourraient passer à travers. EN 1999 la Bocca Nuova était comblée de dépôts: au moment du paroxysme d'octobre le bouchon, encore chaud et mou, a été soulevée et a commencé à déborder de la Bocca, ce qui a généré de petits écoulements pyroclastiques pendant que d'immenses (le mot est faible, voir ce lien: http://www.swisseduc.ch/stromboli/etna/etna99/etna9910photopage3-en.html) bulles de gaz éclataient dans la Bocca. C'est une situation qui peut à nouveau être envisagée car, vue la faible conductivité thermique des roches en général, l'intérieur des dépôts peut rester chaud et plastique pendant des semaines/mois probablement.
      De fait il est difficile de dire ce qu'il se passera: finalement tout dépendra de la résistance qu'offrira ce bouchon, pour l'instant mou mais qui durcira au fur et à mesure de son lent refroidissement.

      Bonne journée :-)

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