20 avril 2014

Nouvelle explosion sur le volcan Merapi ce matin

Le VAAC de Darwin a relevé ce matin la présence d'un panache de cendres décrit comme étant de grande importance, emporté vers l'ouest nord-ouest par le vent. L'organisme a donc décidé d'élever niveau d'alerte aviation au rouge. L'altitude du panache au moment de sa mise en place ne semble pas avoir été clairement définie mais les prévisions le font se déplacer à une altitude d'environ 10 km.

Sur les réseaux sociaux, aucune image de l'éruption ne semble circuler pour le moment: il faut dire qu'elle s'est produite de 04h26 à 04h40 (heure locale), donc une bonne heure et demie avant le lever du soleil. Cependant le bruit de l'explosion a été bien entendu, dans un rayon de 06 à 08 kilomètres autour de l'édifice. Ainsi, encore une fois, seules les données satellites, ici des images MTSAT,
permettent de voir ce panache en train de se disperser (le MODIS est passé un poil trop tard et il n'y a plus aucune trace des cendres sur ses images).

Panache de cendres du volcan Merapi, 19-20 avril 2014
Dispersion du panache de cendres du Merapi ce matin. Images: MTSAT/Université de Tokyo

Les communiqués transmis par les volcanologues (BPPTKG/VSI) et par l’organisme en charge de la gestion des risques (BNPB) indiquent cependant que cette activité n'est pas d'origine magmatique. Mais ce qui est vraiment étonnant c'est qu'il n'est jamais fait mention d'une activité phréatique (brusque vaporisation d'eau) non plus! Il ressort des communiqués transmis que le CO2 pourrait avoir joué un rôle important dans cet événement: il semble que l'activité sismique qui affecte régulièrement l'île de Java puisse ait pu provoquer une brusque libération de ce gaz* à l'origine de l'explosion de cette nuit. Il est vrai que le CO2 est un gaz particulièrement insoluble dans les magmas et qu'il s'en échappe à toute occasion, mais je ne souviens pas avoir déjà entendu qu'une haute concentration en CO2 pouvait faire sauter un dôme en cours de refroidissement (une libération brutale de CO2 a déjà été observée mais dans des lacs). Si des spécialistes veulent donner leur point de vue sur cette explication, ils sont la bienvenue dans les commentaires :-)

Des chutes de cendres ont été recensées autour de l'édifice obligeant les habitants à porter les masques à poussière et passer un coup de balai sur les routes,nettoyer les voitures etc (voir ce reportage en indonésien**)

Nettoyage des routes après les chutes de cendres du volcan Merapi, 20 avril 2014
Nettoyage après les chutes de cendres, avec masque à poussière obligatoire pour éviter les risques de problèmes respiratoires liés à l'inhalation des cendres. Images: auteur inconnu/Liputan6
Ce qu'il faut retenir de cet événement c'est que le niveau d'alerte est maintenu au stade "normal" car aucun signe particulier, notamment sismique, ne semble indiquer qu'une éruption magmatique soit en préparation.

Sources: BNPG; BPPTKG;Liputan6; VAAC de Darwin; Université de Tokyo.

*: le plus abondant dans les magmas après la vapeur d'eau
**: vous noterez derrière la présentatrice une image d'écoulement pyroclastique (éruption de 2006 ou 2010), qui ne représente absolument pas l'activité qui a eu lieu cette nuit.

3 commentaires:

  1. Bon je vais me risquer a un commentaire...
    Les Indonésien font peut être référence à une nouvelle théorie sur le rôle du CO2 dans le déclenchement de certaines éruptions volcaniques. Comme tu l'as bien noté dans ton poste, le CO2 est un gaz extremement peu soluble dans le magma. Un nombre croissant d'éléments indiquent qu'il est souvent déjà en partie exsolvé a des profondeurs mantelliques. Mais le CO2 a aussi la propriété d'abaisser la solubilité des autres gaz dissous dans le magma. Donc, dans les grandes lignes, la théorie du "CO2 fluxing" propose qu'un afflux de CO2 venant des profondeurs dans une chambre magmatique remplie d'un magma qui y séjourne tranquillement, peut lúi faire libérer une partie de ses gaz dissous (notamment la vapeur d'eau qui est de loin le gaz le plus important), ce qui génère la surpression pour déclencher une éruption. Cette théorie a été prouvée pour les paroxysmes de Stromboli par des mesures de gaz en continu, à l'Etna par des mesures des inclusions vitreuses (des gouttelettes de magma piégées par les cristaux lors de leur croissance), et je suspecteque l'eruption de 2007 du kelud a été déclenchée par ce processus. De manière générale, il faut des preuves pour confirmer que les éruptions du Merapi sont générées par ce processus. Il faudrait des mesures réguliéres de la composition et du flux de gaz émis, ce qu'il n y a pas a ma connaissance pour le moment.

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  2. Merci Robin. Voilà un commentaire des plus intéressants car il met en lumière un phénomène très peu connu. Dans les sources que j'ai pu lire (et google traduire ce qui ne donne pas toujours des textes très clairs) pour ce post le rôle du CO2 m'a semblé décrit comme important (je n'ai pas vu le mot phréatique par exemple) ce que j'ai trouvé étrange sans mesures en continue justement (mais je ne suis pas sur place et je ne connais pas non plus tout le mpanel d'outils mis en place au Merapi). Cependant il est interessant de voir qu'une activité phréatique par exemple peut trouver sa source, son moteur, dans un afflux de gaz mantellique pus que dans une "perturbation du système hydrothermale" (expression un peu floue d'ailleurs).
    Un grand merci à Robin qui, pour les lecteurs de ce blog qui ne le connaissent pas, est un spécialiste des gaz volcaniques (je fais volontairement court car pour en savoir plus sur lui, allez voir son blog, http://robindesvolcans.overblog.com/)

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