3 décembre 2013

Une activité impressionnante au Shiveluch aujourd'hui

L'édifice a connu aujourd'hui ce qui semble être le plus important épisode d’effondrement de l'année avec au moins trois heures de production d'écoulements pyroclastiques ininterrompues. En voici un time-lapse tout à fait parlant, réalisé à partir des images produites par le KVERT.




Le panache co-pyroclastique* généré par cette activité a, bien entendu, été repéré par le VAAC de Tokyo qui en estime l'altitude maximale à environ 10000 m. L'éruption a aussi repérée par le capteur MODIS embarqué sur le satellite Aqua.

Le panache co-pyroclastique vu par le MODIS ce matin. Image: MODIS/NASA


Grâce aux webcams du KVERT, et aux excellentes conditions météo qui régnaient au moment de cette crise, on peut mettre en évidence que le climax (moment le plus intense) se marque en réalité par au moins 2 séries d'écoulements pyroclastiques distincts. Toutes deux générées par la même coulée (sud-ouest), elles n'ont pas suivi les mêmes trajectoires.


Ecoulements pyroclastiques sur le volcan Shiveluch, 03 décembre 2013
Les deux séries d'écoulements pyroclastiques et le panache co-pyroclastique sont visibles sur cette photo. Image : KVERT

La première série a emprunté une ravine qui descend juste sous la coulée et arrive dans la plaine où s'accumulent depuis des années tous les dépôts d'écoulement pyroclastiques et de lahars que fabrique ce volcan. C'est le couloir habituellement emprunté par tout ce qui descend sur ce versant du dôme. C'est cette série qui produit l'écoulement le plus long puisqu'il atteint les 10 km de distance (estimation réalisée à partir de Google Earth, il faudra attendre une mesure plus précise).

Ecoulements pyroclastiques sur le volcan Shiveluch, 03 décembre 2013
Infographie montant la trajectoire empruntée par la première série d'écoulements pyroclastiques. Image: Google Earth/KVERT
photo 1-2


La seconde série se produit vers la fin du climax. La première partie de la trajectoire semble commune avec celle de la première série. Cependant, au lieu de bifurquer vers le sud-ouest comme l'a fait la première série, celle-ci se contente d'aller tout droit, plein sud. Il est donc possible que le couloir emprunté par la première série ait finalement été comblé par elle.

Ecoulements pyroclastiques sur le volcan Shiveluch, 03 décembre 2013
Trajectoire suivie par la seconde série d'écoulements pyroclastiques

Enfin, cette activité aura aussi marquée par la mise en palce de volumineux lahars chauds, coulées de boue volcaniques issues du mélange des cendres et blocs des écoulements pyroclastiques avec de l'eau. Celle-ci peut avoir deux origines:
- la majeure partie provient de la fonte de neige (dans ce cas de figure. En climat tropical/équatorial, ce sont les chutes de pluie).
- mais une fraction non négligeable provient de l'écoulement pyroclastique lui-même. En effet la vapeur d'eau est en effet le gaz majoritaire dans tous les magmas et, lorsqu'un écoulement pyroclastique progresse, sa température peut baisser jusqu'à atteindre la température de condensation. L'écoulement pyroclastique peut même se transformer en lahar en cours d'écoulement (un cas décrit dans la Chaîne des Puys entre autres).

Quoi qu'il en soit, ces lahars se voient bien car leur progression s'accompagne d'un important panache de "vapeur d'eau"**.

Ecoulements pyroclastiques sur le volcan Shiveluch, 03 décembre 2013


MàJ 04 décembre

Au moment de cette phase le KVERT a élevé le niveau d'alerte aviation au rouge, puis l'a rabaissé à l'orange une fois qu'il a été établis que la situation était revenue à la normale au niveau du dôme. Les volcanologues russes précisent que des chutes de cendres ont été observée dans un village nommé Ivashka, dont je n'a pas réussi à localiser la position.

Sources : KVERT; MODIS

* un panache co-pyroclastique est un panache de cendres qui se forme sur le "dos "d'un écoulement pyroclastique au copurs de sa progression. Il se forme parce que l'écoulement pyroclastique emprisonne de l'ai ambiant qui, en se réchauffant, s'élève en emportant les cendres.

**: je met toujours le terme "vapeur" entre guillemets car il s'agit en réalité d'un panache d'eau liquide sous forme de microgouttes. La véritable vapeur est invisible.

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