2 novembre 2013

Shiveluch et Etna


Un dernier point concernant le dernier paroxysme me vient de l'un de mes amis volcanophile qui me signalait que, dans le très complet rapport d'Etna Walk, il est fait mention d'un écoulement pyroclastique sur la Bocca Nuova. L'événement a été de courte durée et a mis en place un écoulement qui semble être à basse température (il reviendra à des spécialistes de dire si un tel écoulement peut être qualifié de "pyroclastique" ou non) mais qui a tout de même parcouru une centaine de mètres de distance, arrivant jusqu'au pied de l'immense cône.



La couleur du panache, marron plutôt que gris, indique que les cendres sont constituées de roches anciennes et altérées. Le fait qu'il ne s'est pas élevé à une grande hauteur (entre 100 et 200 m environ d'après les images) plaide aussi pour un événement à basse température: le principal (mais pas le seul) moteur de l'ascension d'un panache de cendres est en effet la présence de gaz à haute température qui sont moins denses que l'air. Enfin, sur les images thermiques de l'INGV, il n'y a aucune trace de températures anormales vers la Bocca Nuova juste après l'événement.
 
Ecoulement pyroclastique sur le volcan Etna, 26 octobre 2013
Ecoulement pyroclastique sur la Bocca Nuova. Image : Roberto Amendolia/Etnawlak


Dépôt d'écoulement pyroclastique du volcan Etna, 26 octobre 2013
En clair: le dépôt de l'écoulement pyroclastique du 26 octobre vu depuis le rebord de la Bocca Nuova. Image : Marco di Marco/Etna Walk
La leçon que je retiens de tout ça est la même que celle qui me vient à chaque fois que je vois un paroxysme devant mon écran: rien ne vaut le terrain! Car l'événement est passé inaperçu alors même qu'il y a plus de webcams tournées vers l'Etna que de caméras sur un plateau de télé-réalité.

Sources: EtnaWalk (images et rapport); com.pers. (pour l'info concernant l'écoulement)



L'activité éruptive se poursuit sur le Shiveluch et continue d'extruder lentement mais inexorablement un magma très visqueux. Il alimente au moins deux, sinon trois, coulées épaisses sur les versants sud-ouest, nord-ouest et nord-est. Leur front instable dans la très forte pente du dôme composite* du Shiveluch s'effrite presque en permanence et, parfois, d'importants fragments se détachent. Se forment alors des écoulements pyroclastiques qui, selon leur volume, leur dynamisme, parcourent des distances plus ou moins grandes.
Dans la seule journée d'hier deux de ces écoulements se sont produits, assez volumineux pour générer des panaches de cendres copyroclastiques** imposants. L'altitude atteinte par ces deux panaches a été évaluée à 7000 m au plus par le VAAC de Tokyo. De mon côté, l'estimation avoisine les 6000 m ce qui est cohérent au vu des incertitudes qui accompagnent une telle estimation à partir d'images webcam.

Ecoulement pyroclastique sur le volcan Shiveluch, 01 novembre 2013
Le premier écoulement pyroclastique du 01 novembre 2013. Images : KVERT

Ecoulement pyroclastique sur le volcan Shiveluch, 01 novembre 2013
Le second écoulement pyroclastique du 01 novembre 2013. Images : KVERT

Les deux écoulement ont été canalisés par le relief en direction du sud ont fini leur course sur l'immense talus de débris qui s'accumule depuis des années au pied du volcan. Le second écoulement monte, à la toute fin de sa progression des volutes blanches qui contrastent avec le gris de la cendres. Il s'agit vraisemblablement d'une activité phréatique/phréatomagmatique déclenchée par la vaporisation d'eau au passage de l'écoulement sur une zone humide. J'ai créé un time-lapse de cette journée, disponible sur le Canal Volcan.




L'activité du Shiveluch et du Klyuchevskoy a récemment été observée par  Richard Roscoe qui en a fait un time-lapse (mais un poil plus esthétique que celui que je vous propose :-) ) à l'aide d'un reflex numérique. Très esthétique et à voir absolument sur le site du Daily Mail, avec des photos d'autres édifices, notamment le Klyuchevskoy



Sources : KVERT.; Daily Mail; VAAC de Tokyo

*: un dôme composite s'érige en plusieurs phases successives. Ces phases peuvent produire alternativement de vrais dômes et des coulées épaisses qui s’empilent les unes sur les autres progressivement.
**: un panache de cendres copyroclastique n'est pas le produit d'une explosion. Il se forme sur le dos d'un écoulement pyroclastique, pendant sa progression. Car lorsqu'il progresse, un tel écoulement ingère progressivement de l'air qui se réchauffe dans l'écoulement. Il devient donc moins dense et s'élève en emportant avec lui les cendres les plus légères pour former le panache copyroclastique.

1 commentaire:

  1. Hello.
    Could you be so kind to send me to two images of the second píroclastic flow of Shiveluch.

    My e-mail:

    bogar.alex@gmail.com


    Thank you very much.
    :)

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